Extrait de Le château de sable

—J’ai envie de pisser, dit Laura en se penchant vers moi par-dessus le siège.

—Eh, Laura a envie de pisser, renchérit Lynn et elle part d’un grand rire hystérique qui envahit l’habitacle, se répercute sur les vitres et tourne autour de nos cerveaux pendant quelques secondes.

Une sensation particulièrement désagréable.

—Ta gueule, lance Ray sans bouger la tête.

L’autre se le tient pour dit, se renfrogne au fond du siège avant de se mettre à bouder comme une gamine.

Ray se redresse d’un air satisfait.

Nous glissons sur l’autoroute comme sur une mer d’huile, seuls au monde depuis près d’une heure. Le compteur indique 197 et l’horloge 1:28. J’appuie sur le champignon, observant au passage le ciel dégagé où un croissant de lune éprouve de la peine à se faire une place parmi des dizaines d’étoiles.

—Il n’y a pas autre chose ? demande Ray en montrant du doigt l’autoradio.

Tout à l’heure, j’avais trouvé une station qui diffusait du rock, mais l’émission était finie depuis belle lurette et ils étaient passés à des trucs beaucoup moins digestes.

—Regarde dans la boîte à gants.

Il sort une pile de CD, fait son choix et insère une rondelle dans le lecteur. Dès les premières notes, je reconnais les Pixies. Ce gars n’est pas mon copain pour rien, il a un goût sûr dans presque tous les domaines. Je bénis régulièrement Dieu de l’avoir rencontré.

—Merde, Raymond, qu’est-ce que c’est que cette musique ?

Cette fois, il prend le temps de se retourner vers Lynn avant de lui aboyer à la figure.

—Putain, combien de fois je t’ai déjà dit de pas m’appeler comme ça ! Mon nom, c’est Ray, pas Raymond ! Bon sang, c’est quand même pas compliqué à retenir, même pour un petit cerveau comme le tien.

En vérité, il s’appelle bel et bien Raymond, mais, qui l’en blâmerait, il ne tient pas à ce que cela s’ébruite. Ses parents l’avaient ainsi baptisé en souvenir d’un grand-père mort peu avant sa naissance.

—Mes propres parents, avait-il soupiré un jour que je le questionnais sur l’origine de son prénom, ni plus ni moins que ma mère et mon père qui me plantent un coup de couteau dans le dos, tu y croirais toi que ta propre famille soit capable de te faire un mauvais coup comme celui-là ?

Il est terriblement pointilleux sur le sujet.