Extrait de J'ai gagné la guerre

Comme par enchantement, le lendemain, le soleil a recommencé à briller. Ce qui nous a remis d’aplomb, à tel point que nous avons commencé à chanter. C’est ce qui nous a empêchés de bien entendre le premier coup de canon. Le deuxième nous a tout de suite paru plus proche et le troisième nous a explosé à la gueule.

Après dissipation du brouillard, le sergent et Rémy étaient étendus sur le sol. Ils étaient un peu en retrait, cinq mètres à peine du reste de la troupe, quand l’obus leur était tombé dessus. Avec le recul, on pouvait les remercier d’avoir ainsi quelque peu traîné en route, ça avait évité de plus gros dégâts dans nos rangs.

Pas de quoi se réjouir, mais n’empêche, l’adrénaline avait fait un sacré bond chez moi. On y était enfin dans cette guerre ! En plus, je n’étais pas peu fier quand le lieutenant m’a demandé d’appeler le QG sur le poste d’appoint puisque le sergent et sa radio étaient dorénavant hors d’usage.

Il a signalé notre position et l’attaque ennemie. Il a blêmi en entendant la réponse. Un de nos artilleurs s’était laissé emporter en voyant des hommes en uniforme, n’avait pas pris la peine de s’informer plus avant et avait lâché la sauce.

Il ne restait plus qu’à sortir nos pelles, creuser les tombes, écouter l’homélie du lieutenant et reboucher le tout. La routine, en somme.