Extrait de Les deux mésanges

Les deux mésanges se relayent pour apporter la pitance à leur progéniture. Depuis l’éclosion des oisillons, au terme de douze à seize jours de couvaison, elles vont et viennent, inlassables, parcourant les alentours du nid à la recherche de nourriture. Durant ces trois semaines précédant l’envol des petits, elles sont capables de rapporter près de dix mille chenilles. Sans cette obstination parentale à rassasier les petits becs affamés, peu d’entre eux survivraient.

De la terrasse, j’observe le ballet des oiseaux. Je me suis confortablement installé, après m’être servi un apéritif. Je goûte au plaisir simple d’admirer la nature et le ciel bleu : je me sens bien. Presque. À intervalles réguliers, un rayon de soleil vient me frapper l’œil gauche. Je ne comprends pas - le soleil se trouve dans mon dos – puis je comprends. Lentement, pour ne plus déranger les volatiles, je me dirige vers l’arbre, au milieu du jardin. Je retire la montre au poignet de l’homme qui y est pendu et arrête le mouvement de balancier que le vent imprime au corps.

Je me rassieds, à l’ombre.

 

La musique du marteau-piqueur m’a réveillé ce matin. Il m’a fallu un moment pour comprendre que l’instrument jouait à l’intérieur de mon crâne et j’ai ouvert un œil. Une attaque frontale et lumineuse me l’a aussitôt fait refermer. J’ai ouvert les deux, pour mieux résister.

La tentation de rester au lit était forte mais je ne pouvais pas y souscrire. J’ai tangué jusqu’à la fenêtre, j’avais besoin d’air. J’ai un moment cru que le parquet flottant l’était vraiment.

En descendant, la surprise m’a arrêté au milieu de l’escalier. Un homme était assis dans le divan. J’ai paré au plus pressé : je suis allé dans la cuisine y prendre de quoi contrer ma gueule de bois.

Je suis revenu au salon, le type n’avait pas bougé. Je me suis rappelé qu’il était mort.