Extrait de [Même] [pas] [plus] [mort] (ou presque)

Je ne me suis pas réveillé.

Enfin, pas exactement.

Je nageais dans une espèce de no man’s land cotonneux, à mi-chemin entre l’éveil et le sommeil, une sensation pas désagréable en soi, mais qui laissait malgré tout un goût amer au fond du cerveau.

Dans un premier temps, j’ai juste réussi à lever la tête pour regarder l’heure au réveil sur la table de nuit.

Les chiffres étaient tellement flous que je n’ai pas pu les distinguer. D’ailleurs, toute la chambre était floue. Les meubles semblaient flotter au milieu de la brume, comme des mirages dans le désert.

À la réflexion, je me sentais moi-même embrumé, la bouche pâteuse, comme après avoir bu un alcool qui refuse de passer.

Tandis que je me frottais les yeux, espérant retrouver un peu de clarté, mon dernier rêve m’est revenu en mémoire. Une véritable histoire de fou, de celles qu’on ne rencontre qu’au pays des songes, là où l’imagination ne connait pas de limite.

Un type, la cinquantaine bedonnante, est venu me réveiller en pleine nuit pour m’annoncer que j’étais mort. J’avais été assassiné, selon lui, ce qui ne semblait pas l’émouvoir outre mesure. Par contre, il lui semblait plus grave que mon corps ne se trouve plus à l’endroit du crime. En effet, j’étais mort, mais ça ne m’avait pas empêché de rentrer tranquillement à mon appartement et de me mettre au lit. Le meurtrier avait été identifié, mais Rabier, mon visiteur nocturne, ne pouvait l’arrêter parce que, ainsi qu’il avait précisé, il n’était pas inspecteur », mais contrôleur et venait de l’autre côté.