Extrait de Une belle preuve d'amour

Leïla s’est approchée du type avec un sourire charmeur et il a cru qu’il avait partie gagnée.

Ils marchaient l’un vers l’autre entre les tables, lentement, un peu comme dans un duel, mais il était bien le seul à ne pas s’en être aperçu. Lui, il pensait que son charme avait opéré et que la fille n’allait pas tarder à se jeter à ses pieds.

Arrivée à ses côtés, elle lui a immédiatement mis la main à la braguette. Le visage du gars s’est éclairé et il a arboré une mine de vainqueur. Il a rapidement changé d’attitude. J’ai tout de suite compris pourquoi son corps se crispait de la sorte.

La main toujours calée sur le bas-ventre du type, la fille serrait. Et plus elle serrait, plus il suffoquait. Il avait le souffle coupé au point de ne pas pouvoir réagir. Elle, par contre, jubilait. À coup sûr, elle prenait son pied à le torturer de la sorte.

En regardant autour de moi, j’ai constaté que tous les hommes étaient tendus. Et j’étais du nombre, croyez-moi. Ce type avait beau être un fieffé abruti, on est tous fait du même moule et c’était bien la moindre des choses que de compatir silencieusement à sa douleur.

D’un autre côté, comment ne pas se réjouir que quelqu’un ait remis l’importun à sa place. Qu’une fille s’en soit chargée ajoutait du piquant à l’affaire (à condition, bien entendu, de refouler au plus profond de nous la honte de ne pas nous-mêmes être intervenus).

Après d’interminables secondes de supplice, elle s’est penchée vers lui, lui a murmuré quelques mots à l’oreille et a finalement relâché sa prise.

Il est tombé à genoux. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a pu recommencer à respirer. Il a très lentement repris figure humaine. Puis, il est parti, la queue entre les jambes. Ou ce qu’il en restait.

La fille est tranquillement retournée s’asseoir, sous les applaudissements de l’assemblée.