Extrait de Solidarité

Le bar n’était pas là pour faire de la figuration. Il y avait de tout, je me suis laissé tenter par un vieil Armagnac, un choix que je n’ai pas eu à regretter.

Louise est revenue peu après, avec pour tout vêtement une chemise blanche qui ne cachait rien de ses longues jambes. Ses seins pointaient sans complexe sous l’étoffe, ils manquaient de place, les pauvres, on avait envie de les sortir de là.

Je ne devais pas être loin de baver, faut comprendre, elle l’a vu et a souri, ça la rendait plus belle qu’elle ne l’était vraiment. Mais quoi, après avoir subi les foudres de Marie un peu plus tôt dans la soirée, me retrouver seul avec une fille de vingt ans à moitié nue, même si c’était pas la plus jolie de la terre, c’était frapper aux portes du paradis. Il ne restait plus qu’à pousser et à entrer, sans faire la fine bouche.

—Je te plais ? elle a demandé en se rapprochant.

Elle avait de ces questions !

Pour toute réponse, je me suis avancé, et pas les mains en poche. Elle a tendu le bras, doucement, pour maintenir une certaine distance puis, elle s’est penchée, ses lèvres ont effleuré les miennes, je n’ai quasiment rien senti, mais l’onde de chaleur s’est propagée dans tout mon corps.

—Ma chambre est là-haut, elle a dit en montrant le palier, à l’étage. Tu me suis ?

Je ne me suis pas fait prier, je n’ai même pas terminé mon alcool, c’est dire dans quel état j’étais, plus rien d’autre ne comptait que de me retrouver dans son lit.

Que celui qui n’aurait pas fait de même me jette la première pierre.

En haut, elle s’est arrêtée sans prévenir. Je n’ai pas essayé de garder mes distances, je l’ai collée et une de mes mains a agrippé ses poils pendant que l’autre glissait sous sa chemise.

—J’ai un service à te demander avant, elle a fait en se dégageant souplement. Pas grand-chose, il y en a pour une minute si tu veux.

Toujours le même jeu de l’attente, rien d’original, mais il en fallait plus pour me faire perdre mes moyens. Rien ne pourrait m’arrêter cette nuit, j’étais prêt à battre tous mes records.

—Tout ce que tu veux, j’ai dit.

Elle m’a pris par la main et m’a emmené devant une porte, qu’elle a ouverte. La chambre était plongée dans la pénombre, éclairée par un seul rayon de lune qui passait par un interstice entre les tentures.

Louise a allumé.

Merde !

Une femme et un homme, la soixantaine, étaient couchés sur le lit, ligotés et bâillonnés.